30e Captains’ Forum : des échanges concrets pour l’avenir du yachting

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Dans le cadre du premier Monaco, Capital of Advanced Yachting Rendezvous, le Yacht Club de Monaco a organisé la 30e édition du Captains’ Forum, en collaboration avec Oceanco, MB92 Group, Jutheau Husson, ICON Yachts. Le rendez-vous est devenu au fil des années, l’un des temps forts pour la communauté internationale du yachting. Organisé dans le cadre du Captains’ Club, cet événement a réuni capitaines, armateurs, ingénieurs, scientifiques et industriels. Objectif de cette journée intitulée « How to follow heroes: The intersection of science, yachting and exploration » : mettre l’accent sur des solutions concrètes. Scindé en deux temps, l’événement a d’abord mis à l’honneur l’expérience des professionnels.

L’expérience des capitaines au cœur des discussions

Avant d’entrer dans le détail des échanges techniques, Micca Ferrero, à la tête d’ICON Yachts, a rappelé le contexte dans lequel s’inscrit aujourd’hui l’évolution du yachting. Le secteur traverse en effet une période charnière. « Nous vivons un moment historique où les yachts modernes rencontrent enfin l’exploration et la protection de l’océan de manière concrète », a-t-il déclaré, ajoutant que « l’océan n’a pas besoin de notre admiration, il a besoin de notre engagement ».

La session consacrée au lien entre navigation, exploration et science s’est ouverte avec la capitaine Maiwenn Beadle, reconnue pour ses expéditions dans les zones polaires. Revenant sur plusieurs décennies de navigation dans des zones isolées, elle a insisté sur la responsabilité particulière des équipages dans ces environnements extrêmes : « Aujourd’hui, je navigue dans les endroits les plus difficiles du monde, dans la glace, en Arctique, en Antarctique. » Très loin de toute assistance, ces missions imposent, selon elle une vigilance permanente : « Je navigue dans des environnements préservés, très loin de toute aide et de tout soutien. C’est une responsabilité immense, à la fois vis-à-vis des milieux dans lesquels je navigue et des personnes que j’y emmène. » Elle a rappelé que l’exploration a toujours été liée à la recherche de connaissances : « Ils partaient avec des questions, et ils voulaient revenir avec des réponses. »

Le scientifique et entrepreneur Matthew Zimmerman, spécialiste des technologies sonar et engagé dans la recherche sur les cétacés, a consacré son intervention intitulée « De l’or flottant : le pouvoir des excréments de baleine », au rôle des cétacés dans l’équilibre des océans. Leur disparition aurait des conséquences directes sur l’écosystème mondial : « Le phytoplancton est responsable d’environ 50 % de l’oxygène que nous respirons. Si nous perdons les baleines, nous perdons le phytoplancton, et nous perdons la moitié de l’oxygène que nous respirons. » La communauté maritime peut contribuer à la protection de ces espèces, notamment grâce à la collecte de données et à l’utilisation de technologies de détection : « Les observations issues de la science participative sont vraiment importantes, car sans données larges et complètes, nous ne savons pas où concentrer nos efforts de conservation. » Avant de conclure : « Que ferez-vous pour aider ? Réfléchissez-y avant qu’il ne soit trop tard. »

L’explorateur maritime David Mearns, spécialiste mondial de la recherche d’épaves en grande profondeur, est revenu sur plusieurs missions menées à bord de yachts et de navires d’exploration. Évoquant notamment la découverte du cuirassé japonais Musashi, il a rappelé que certaines recherches nécessitent des moyens techniques considérables : « Quand vous retrouvez une épave si perdue que même le grand Bob Ballard disait qu’elle ne pourrait pas être retrouvée, les gens y prêtent attention. » Il a souligné le rôle que peuvent jouer les grands yachts dans ces missions, notamment grâce aux technologies d’imagerie et de cartographie sous-marine : « C’est de la téléprésence à distance dans sa forme la plus pure. » Il a également évoqué les campagnes de cartographie menées avec des sonars multifaisceaux : « À partir de cette page blanche, le sonar multifaisceaux de FALCOR a cartographié ce mont sous-marin haut de deux miles avec une résolution de 10 mètres. »

Ancien commandant de navires océanographiques pour la NOAA, Commander G. Mark Miller, spécialiste de la cartographie et de la collecte de données marines, a plaidé pour une mobilisation plus large des yachts dans les programmes scientifiques à l’occasion d’une présentation baptisée « Explorer l’inconnu : solutions passives pour la collecte de données ». Selon lui, le principal frein à la recherche reste l’accès aux zones océaniques. La solution ? Intégrer à bord des systèmes passifs capables de collecter des données sans perturber l’exploitation du yacht : « Et si chaque voyage collectait discrètement des données ? » Sa conclusion s’adressait directement aux capitaines et armateurs : « La technologie existe. Le besoin existe. Le choix vous appartient. Faisons en sorte que chaque mille compte. »

Dominique Geysen, ingénieur et concepteur de yachts d’exploration, a présenté le concept « SailXplorer : le rêve de tout capitaine, le yacht d’exploration par excellence ». Le navire est conçu comme une plateforme capable d’accueillir chercheurs, submersibles et équipements scientifiques tout en réduisant son empreinte environnementale. Revenant sur l’origine du projet, il a expliqué : « Je ne pouvais tout simplement plus détourner le regard de l’omniprésence du tourisme, de la dégradation de l’environnement et de la détresse de certaines espèces. »

Son approche repose notamment sur l’intégration de la propulsion vélique : « N’est-il pas logique d’ajouter la voile à l’équation si nous voulons réduire les émissions carbone et naviguer à l’échelle mondiale ? » Pour lui, les solutions existent déjà : « La question n’est pas de savoir si la technologie existe, mais ce que nous allons en faire pour servir notre industrie et le monde dans lequel nous voulons vivre. »

Professionnel du yachting impliqué dans des programmes de cartographie océanique, Taigh MacManus a insisté sur les progrès récents des technologies permettant d’associer les yachts à la recherche scientifique. « Quand j’ai rejoint ce programme en 2013, nous n’avions cartographié que 15 % des océans du monde. Aujourd’hui, nous sommes à 26 %. » La démocratisation des outils ouvre de nouvelles possibilités : « La technologie a progressé, et elle est désormais accessible. » Il a également souligné l’intérêt d’impliquer équipages et passagers : « On peut faire en sorte que la science devienne à la fois tangible et concrète pour les invités. » Et de conclure : « Les possibilités de coopérer avec les scientifiques sont sans équivalent. »

Navigatrice engagée dans la science participative, Emily Cunningham a montré comment les équipages peuvent contribuer à la recherche en collectant des données lors de leurs navigations. Son intervention a mis en avant des protocoles simples, utilisables à bord sans équipement lourd, permettant d’impliquer directement les marins dans l’observation de l’environnement. « Cela fait 15 ans que j’exerce ce métier, et je constate que les mêmes difficultés reviennent sans cesse. L’une des principales est l’accès au temps de navigation pour les chercheurs. » Selon elle, ces démarches rendent la recherche plus accessible et renforcent le lien entre navigation, connaissance scientifique et protection des océans.

À travers ces interventions, une idée s’est imposée : le yacht n’est plus seulement un outil de navigation, mais aussi un support d’exploration et de recherche.

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