Entre transmission, exploration et innovation, Monaco au rendez-vous du yachting de demain

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Après le premier Yachting Student Fair, dédié à la découverte des métiers du yachting, suivi de l’inauguration de l’Explorer Dock, le Day of Exploration s’est poursuivi en ce début de semaine au Yacht Club de Monaco. Consacrée à la science, à l’aventure et à la connaissance, cette journée était organisée par le Y.C.M. en collaboration avec The Explorers Club de New York. Explorateurs, scientifiques et spécialistes ont échangé autour de thèmes très différents, entre recherche, terrain et transmission. Les interventions ont aussi bien porté sur les grands fonds, les régions polaires ou encore l’exploration spatiale. Pour Richard Wiese, président de The Explorers Club, « Les bonnes idées ne viennent jamais d’un seul endroit, elles sont universelles. Plus nous réunissons des personnes différentes pour échanger, plus le message devient fort ».

Le Day of Exploration : au croisement de la science, de l’aventure et de la transmission

Engagé dans la préservation des « Blue Five » (requins, raies, tortues, dauphins et baleines), le biologiste marin Daniel Cáceres Bartra est revenu sur ses recherches consacrées à la protection de la mer tropicale du Pérou, abritant 70% de la biodiversité marine du pays. « Il faut protéger les espèces qui font fonctionner chaque écosystème », a-t-il expliqué, soulignant que « la biodiversité réagit aux pressions qu’elle subit ». Son intervention a insisté sur la nécessité de mesurer concrètement l’efficacité des politiques de conservation et de prendre en compte les réalités locales.

 

Les travaux des scientifiques s’appuient sur leurs observations. Pour certains, les recherches portent sur le développement de nouveaux outils destinés à mieux comprendre la biodiversité des grands fonds. C’est le travail mené au sein de Bioinspiration Lab du MBARI qui développe des technologies d’imagerie permettant d’observer la vie dans des environnements extrêmes. Pour Kakani Katija, sa directrice, les zones inconnues sont conséquentes et s’inspirer du vivant pour concevoir de nouvelles technologies reste un moteur : « Moins de 0,001 % des fonds marins ont été observés visuellement », évoquant « d’immenses lacunes dans nos connaissances ».

 

De l’analyse de la faune découle bien souvent des connaissances précieuses. À travers l’initiative Anthroposea par exemple, la scientifique et photographe Arzucan « Zuzu » Askin se pose en témoin de la vie des requins, dont le déclin s’accélère sous l’effet des activités humaines. Ces espèces, présentes sur Terre depuis plus de 450 millions d’années, sont aujourd’hui menacées à une vitesse inédite : « Depuis les années 1970, l’activité humaine a fait disparaître 71 % des populations mondiales de requins océaniques », a-t-elle indiqué, ajoutant que « 100 millions de requins sont tués chaque année ». Ses recherches menées aux Maldives reposent sur un suivi individuel des animaux, certains étant observés depuis plusieurs années. Elle a évoqué ses observations avec émotion. Baptisés Finn, Georgina ou encore Pirate, plusieurs squales identifiés par son équipe, portent encore les blessures de leurs interactions avec les humains. Selon elle, la situation est critique : « Dans certaines régions, les requins océaniques ont diminué de plus de 80 %, et il y a environ 50 % de chances qu’ils disparaissent au cours de la prochaine décennie. Cela signifie que nous avons dix ans pour agir. »

 

L’exploration a aussi pris la forme d’un retour dans le passé. Trevor Wallace, à l’origine du Menorca Shipwreck Project, a ainsi fait revivre plusieurs siècles d’histoire maritime méditerranéenne à travers les fouilles menées dans le port de Ciutadella. Invitant l’auditoire à « remonter le temps », il a décrit les découvertes réalisées sur un site où plusieurs navires se sont échoués lors d’un phénomène météorologique violent. Ces recherches reposent sur un travail collectif, et ces fouilles sont le résultat « d’un travail partagé entre scientifiques, étudiants et explorateurs ». Pour lui, la véritable richesse de ces expéditions réside dans l’expérience humaine elle-même : « La chose la plus précieuse que l’on puisse trouver, c’est un voyage partagé dans la connaissance, une communauté qui se construit et des esprits qui se croisent. »

 

Spécialiste mondial du narval, le Dr Martin Nweeia est revenu sur plusieurs décennies de recherches menées dans l’Arctique, mêlant observations scientifiques et savoirs autochtones. Selon lui, le lien étroit entre l’homme et l’océan est intemporel, évoquant : « les océans comme le berceau de la vie », insistant sur le fait que l’être humain cherche toujours à « retrouver ce lien avec l’océan ». Ses travaux sur la défense du narval, organe sensoriel unique dans le monde animal, reflètent l’importance de poursuivre l’exploration scientifique pour mieux comprendre le vivant. Les explorations doivent également s’inspirer des connaissances locales, notamment celles des populations inuites. Son intervention s’est achevée par une performance de danse traditionnelle groenlandaise interprétée par Navarana K’avigak’ Sørensen. Car l’exploration est aussi une rencontre avec les cultures.

 

Les regards se sont ensuite levés au ciel avec Franck Baldet, directeur technique de Venturi Space, venu présenter les rovers lunaires et martiens développés pour les futures missions du programme Artemis. Rappelant que la recherche spatiale participe aussi à la compréhension de notre propre planète, il a décrit la Terre comme « une oasis » et expliqué que « nous devons explorer la Lune pour comprendre nos origines ». Les missions actuellement en préparation visent notamment le pôle Sud lunaire, où la présence de glace représente un enjeu majeur, car, comme il l’a souligné, « l’eau, c’est la vie ».

 

 

 

 

L’héritage des grandes figures de l’exploration était également à l’honneur avec Philippe et Ashlan Cousteau, engagés dans la sensibilisation des jeunes générations à la protection de l’océan. Invitant l’auditoire à se remémorer le moment où la mer a changé leur regard, Philippe Cousteau a souligné que chacun garde en mémoire « ce moment où l’océan ne vous impressionne pas seulement, mais vous transforme ». Revenant sur l’histoire familiale, il a rappelé que Jacques-Yves Cousteau avait consacré sa vie à rendre l’océan visible pour le grand public, convaincu que « l’océan n’est pas séparé de la vie humaine, il en est le fondement ». Mais selon lui, la seule prise de conscience ne suffit plus : « Protéger l’océan a été nécessaire, mais cela reste une posture défensive. Si nous voulons un futur viable, nous devons aussi le reconstruire. » Pour le couple d’explorateurs, l’enjeu dépasse désormais la conservation et il est désormais primordial de passer d’une logique d’exploitation à une logique de régénération : « Nous sommes la première génération qui dispose du savoir, de la technologie et des moyens pour concevoir une nouvelle relation avec l’océan. »

 

Les moyens mis en œuvre pour mener à bien les découvertes sont essentiels à bien des égards comme en a témoigné le biologiste et navigateur norvégien Andreas B. Heide. Il mène depuis plusieurs années des explorations dans les régions polaires à bord de son voilier Barba, utilisé comme plateforme scientifique. Son parcours se fait l’écho d’une vocation. D’une carrière classique de chercheur, il a très vite embrassé une approche plus libre de l’exploration. Depuis, ses expéditions en Arctique mêlent observations scientifiques, rencontres et production de contenus éducatifs, avec la conviction que la connaissance reste un levier essentiel de protection. Évoquant les écosystèmes observés au large de la Norvège, il a rappelé que montrer la réalité du terrain peut changer le regard porté sur ces zones fragiles. Pour lui, l’exploration moderne est avant tout une aventure collective : « Peu importe le bateau que vous avez, le plus important reste toujours l’équipe » avant de préciser que « Autrefois il y avait des points blancs sur les cartes, aujourd’hui il y a des points rouges, des endroits que nous devons protéger ».

 

Les moyens techniques nécessaires à l’exploration étaient également au cœur des échanges entre l’explorateur Victor Vescovo et l’architecte naval Espen Øeino, venus présenter un projet de navire entièrement dédié à la cartographie des fonds marins. « Environ 74 % des fonds marins restent totalement inconnus. Nous avons de meilleures cartes de Mars et de la Lune que de notre propre planète », note Victor Vescovo. En cause ? Le coût des opérations qui limite fortement les campagnes scientifiques. L’objectif du projet est donc de concevoir des navires capables de cartographier l’océan de manière plus rapide et plus accessible. Espen Øeino a détaillé la conception d’un bâtiment spécialement pensé pour cette mission, conçu pour être le plus simple et le plus efficace possible. Le choix d’un navire compact, avec un équipage réduit, répond à une logique claire : « Les deux principaux facteurs de coût sont le carburant et l’équipage. Si le navire est plus petit, il consomme moins et nécessite moins de personnel. » L’ambition est de permettre une cartographie beaucoup plus large des océans dans les années à venir.

 

La journée s’est achevée par un échange consacré au rôle de l’image dans la transmission, avec le photojournaliste Steve McCurry et Filippo Ricci, représentant de la maison florentine Stefano Ricci, engagée dans des projets mêlant exploration, photographie et création. Filippo Ricci a expliqué que ces expéditions, menées en Égypte, en Islande, aux Galápagos ou encore en Patagonie, sont conçues pour partager l’expérience de l’exploration avec un public plus large : « Aujourd’hui, le luxe n’est plus seulement ce que l’on possède, mais ce que l’on vit. L’aventure et l’exploration sont devenues le vrai luxe », a-t-il déclaré. De son côté, Steve McCurry est revenu sur la manière dont le voyage et les rencontres nourrissent son travail depuis plus de cinquante ans. Évoquant ses reportages en Inde, en Éthiopie ou au Tibet, il a rappelé que la photographie reste avant tout une manière de témoigner : « Où que je voyage, je suis toujours fasciné par la façon dont les gens se présentent, comment ils s’habillent, comment ils expriment leur culture. » Certaines images naissent simplement d’un moment inattendu, comme le célèbre portrait de l’« Afghan Girl », réalisé presque par hasard dans une école.

 

La conclusion de la journée est revenue au photographe et plongeur Prince Hussain Aga Khan et à la biologiste marine Sylvia Earle, qui ont évoqué le rôle de la science et de l’image pour mieux faire comprendre les enjeux liés à l’océan. Pour Hussain Aga Khan, son travail consiste avant tout à partager ce qu’il observe pour susciter l’envie de protéger : « Mon rôle est simplement de montrer ce que je vois et ce que j’aime, pour donner envie aux autres d’aimer et de protéger ces espèces et ces écosystèmes », rappelant que la biodiversité marine reste largement méconnue malgré des décennies de recherches. Sylvia Earle a, pour sa part, insisté sur la responsabilité particulière de notre génération, la première à disposer des connaissances nécessaires pour mesurer l’impact de l’activité humaine sur la planète : « Nous sommes la première génération à savoir ce que nous faisons à la Terre, et peut-être la dernière à pouvoir agir pour préserver un monde vivable. » Mieux comprendre le fonctionnement des océans est en effet la clé pour pouvoir les protéger. Elle a également rappelé que la curiosité reste le moteur de toute exploration : « Tout le monde a la capacité d’être un explorateur. Il suffit de garder cette curiosité que nous avons tous quand nous sommes enfants. »

 

Au fil des interventions, la journée a montré que l’exploration ne se limite plus à la découverte, mais qu’elle s’inscrit aujourd’hui dans une démarche de recherche, de transmission et de protection des milieux naturels.

Place aux capitaines avec le 30e Captains’ Forum et aux YCM Explorer Awards

Le rendez-vous se conclura demain, mardi 24 mars avec le 30e Captains’ Forum, organisé en collaboration avec Oceanco, MB92 Group, Jutheau Husson et ICON Yachts, consacré aux solutions concrètes pour un yachting plus responsable et plus engagé dans la recherche.

 

La soirée se terminera par la remise des 6e YCM Explorer Awards by La Belle Classe Superyachts, en partenariat avec UBS et Bombardier, qui distinguent des armateurs utilisant leurs yachts comme plateformes d’exploration, de recherche scientifique ou d’innovation technologique.

 

Avec cette programmation, le Y.C.M. poursuit une idée simple : faire du yachting un espace d’exploration, mais aussi de transmission et d’innovation, dans la continuité de la démarche Monaco, Capital of Advanced Yachting.

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